L’antiquité avait ses héros, le moyen-âge ses saints, nous avons nos stars. Chaque époque sécréte ses mythes qui en sont tout autant le miroir que le fantasme. Que nous disent ces stars qu’on adule et qui nous font rêver ?
Tout d’abord, qu’on peut réussir dans la vie (c’est à dire passer à la télévision ou gagner beaucoup d’argent) sans produire la moindre oeuvre ni posséder le moindre talent. La télé-réalité montre quotidiennement que la bétise et la médiocrité ne sont pas un obstacle à la célébrité. Relayées par les magazines “people”, cette propagande tend à faire croire aux enfants issus des milieux populaires que l’école ne sert à rien puisqu’elle demande de la patience et la discipline, alors qu’une félation dans une piscine peut vous faire faire la une de Closer et vous assurer un passage chez Ardisson.
Ensuite, que la vulgarité, l’égoisme, l’indéscence, sont les valeurs du temps, que la prime va aux salauds, pas aux honnêtes gens qui ne sont que des naifs et des idiots. Sinon comment expliquer la sur-médiatisation des “dérapages” ou des “caprices” des stars ? Lorsqu’un(e) millionnaire du spectacle (cinéma ou musique) saccage une chambre d’hotel, y étale ses excrêments sur les murs (que nettoyera une femme de ménage sans-papiers), insulte le personnel (sous payé), et, part sans régler la note, le monde du spéctacle applaudit à cette formidable démonstration de caractère. Qu’on se rappelle de la “rock ‘n roll” attitude de Led Zeppelin ou de Madonna. Visiblement, les journalistes de gauche (style Inrockuptibles) qui adorent ce genre de frasques semblent oublier leur amour des dominés quand un riche humilie des pauvres.
Toutefois, la Star aime s’engager dans de nobles causes. Elle est en cela semblable à l’intellectuel médiatique. Tous deux on en commun de mépriser leurs semblables (d’où les “frasques”) mais d’adorer les “nobles causes”, surtout quand elles sont lointaines. Ainsi, George Clooney s’engage pour le Darfour (mais quid du prolétariat américain), Sean Penn fait l’apologie des ZEP en France (on aimerait savoir dans quelle école pour riche il a placé ses enfants …), Madonna s’achète un enfant et une bonne conscience en Afrique à peu de frais (preuve que l’argent fait le bonheur, surtout quand on peut délocaliser l’adoption), Al Gore donne des leçons d’écologie mais possède quatres maisons, un jet privé et roule en 4×4.
Immoralisme, inculture, mépris du peuple, les stars sont donc bel et bien le miroir d’un époque qui fait l’apologie des passions les plus sordides et flatte ce qu’il y a de plus laid dans l’Homme. Décidément, au regard du rôle actif qu’elles jouent dans la diffusion et le maintient de l’idéologie libérale (basée sur l’égoïsme, l’apologie de l’argent et l’immoralisme), il ne faut guère s’étonner qu’elles soient si bien rémunérées par le système pour services rendus.