Protectionnisme / Souverainisme

Depuis quelques mois que la crise ronge petit à petit nos économies et nos rêves de croissance éternelle, deux gros mots ont resurgis brutalement dans le débat public, même s’il est toujours mal vu de les prononcer autrement que comme injures.

Le protectionnisme et le souverainisme ont acquis un sens nouveau avec les années. On peut parler de détournement ou de déviation pour le coup tant ceci ne parait pas anodin. Loin d’être le fruit d’une évolution « naturelle » de la langue (on notera toutefois que l’évolution de la langue n’a jamais rien de naturel ni de spontanée, sans quoi les publicitaires ne serviraient à rien !), on peut y déceller comme un parfum de l’air du temps.

Tout d’abord, une remarque d’ordre homophonique. Ne trouvez-vous pas que ces deux mots sonnent à l’oreille comme « pétainiste » ? Cherchez bien, vous verrez. Et le sens ? Ne vous évoque-t-il pas comme un parfum d’exclusion, de haine, de rafle, de replis sur soi, pour tout dire, un arrière goût de fascisme ? C’est en substance ce qu’essayent de nous dire économistes, européistes, politiques, éditorialistes, et tout ce qui brasse de l’air et des chiffons rouges.

Ainsi, quoi que puisse suggérer l’étymologie, protectionnisme ne renvoie pas à protection et souverainisme à souveraineté. Au contraire, c’est bien la frilosité (car rappelez vous ! Les français sont frileux et réticents face aux réformes qui préparent l’avenir) et la xénophobie qui y sont tapis. Ces deux maux historiques de la société française se confondent avec ces deux mots qu’il faudrait pour toujours banir de notre langage.

Peu importe qu’Emmanuel Todd ou Jean-Pierre Chevènement ne soient pas exactement des néo-nazis, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est une idée qui conduit tout droit au goulag. Tout débat sur des questions aussi sérieuses que la régulation au frontière ou le principe même de la souveraineté du peuple (pourtant affirmée par la constitution) est donc strictement interdit.

Lincoln disait de la démocratie qu’elle est « le gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple », la coupable semble donc toute désignée …

Publicités
Published in: on février 11, 2009 at 10:32  Laisser un commentaire