Croissance et Tabou

Dans nos sociétés réputées sans Dieu(x), sans spiritualité, où l’idéologie froide et rationaliste des lumière aurait asséché le coeur de l’homme et conduit mécaniquement au totalitarisme du siècle passé, demeure une idole. Que tous ceux qui déplorent la décadence morale et métaphysique de notre civilisation soient rassurés, une idole se tient toujours debout et il paraîtrait pour le moins bizarre de la prétendre au pieds d’argiles tant elle fait l’objet d’un culte et d’une dévotion qui confine le plus souvent au fanatisme.

En effet, qu’est ce que la croissance sinon un totem devant lequel les grands et les petits (souvent les mêmes) se prosternent en espérant qu’elle leur apportera la jouissance matérielle, le travail et la ré-élection. La croissance appartient à un univers magique, sa seule évocation suscite un espoir sans fin, l’espoir de lendemains qui chantent. Si l’on admet quelque validité à la thèses de Durkheim selon laquelle la religion est fondée sur le sacré et le profane, force est de constaté que la croissance appartient au premier de ces deux ordres. La dévotion dont elle fait l’objet, la crainte qu’elle inspire, et la masse des clercs et dévots en tous genres chargés de la servir (économistes, journalistes, éditorialistes, hommes politiques, simples citoyens) suffisent à nous donner la mesure du phénomène.

Plus significatif encore, la dictature s’est naturellement imposée dans les esprits. La crise économique a à ce point révélé notre fétichisme de la croissance qu’il est strictement interdit de la nier. Perpétuelle incantation médiatique, la litanie de la croissance pousse ceux qui la clament à nier le réel. Si la croissance n’est plus là dans les fait, elle doit l’être dans les mots.  Ainsi, l’hyperbole qui caractérisait notre siècle obsédé par l’idée du toujours plus, fait place à l’oxymore (voire à  une phraséologie surréaliste que Dali n’aurait pas renié).  La croissance n’est pas au rendez-vous cette année ? Qu’à cela ne tienne, on parlera de « croissance négative », de « turbulences économiques », « dépression économique » , mais jamais de récession. Même la plus funeste des augures romaines n’aurait suscité un telle crainte dans le coeur des hommes. Le mot est interdit, banni, il est le grand Tabou. Dans une société qui prétend les combattre au nom du progrès, on s’étonne qu’il soit si mal vu de prononcer le mot pour dire la chose.

A cet égard, on fera remarquer que l’abbé de Lattaignant faisait preuve d’esprit en ne disant ni l’un, ni l’autre, au contraire des Tartuffes qui nous gouvernent (à cet égard, Christine Lagarde mérite d’être citée pour l’ensemble de son oeuvre quant à la gestion médiatique de la crise financière). C’est la vérité qui est coupable, disait Robespierre. Triste époque que celle ou l’obscurantisme est si présent que l’on pendrait haut et court celui qui dirait : Le roi est nu.

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Published in: on mars 24, 2009 at 10:35  Laisser un commentaire  

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