Susan Boyle

Susan Boyle, une obscure ménagère écossaise qui est passé en quelques jours de l’anonymat le plus absolu à une célébrité quasi planétaire, ce grâce à une performance remarquée dans une émission de télévision britannique très vite relayée sur internet. Devenue star pour quelques jours, Susan Boyle vivrait un compte de fée, avant de retourner, comme tous ceux qui l’ont précédé, dans l’anonymat le plus complet et les anti-déprésseurs. Mais que voit-on au juste sur ces images ?

Une femme de 47 ans, laide, avec une voix exceptionnelle, qui commence par confesser sa misère sexuelle et affective avec un accent qui ne peut que déclencher les moqueries du public et du jury 1. Le retournement de situation s’effectue par le fait que cette femme plutôt laide et gauche effectue une performance vocale remarquable. La foule va donc immédiatement vénérer comme un seul homme ce qu’elle conspuait une minute auparavant.

Si cette femme avait été belle ou simplement quelconque, elle n’aurait pas suscité un tel enthousiasme. Aux yeux du public, elle incarne ce crapaud qui se transforme en prince charmant. C’est par ce qu’elle est laide qu’on la moquait, et cette raison, on l’adule. Le « miracle » a lieu car bien que laide, elle est capable de faire quelque chose de beau.  Telle est la mécanique offerte quotidiennement par les médias. Qui sort de la norme doit être offert en pâture, et vénéré s’il peut faire l’objet d’une récupération par et pour le système médiatique. L’obscénité atteint son paroxysme car ce que l’on appelle un « buzz », à savoir le succès massif et rapide d’une information diffusée sur internet, parle la langue des procédures démocratiques (vote, plébiscite, etc.) .

Le succès de Susan Boyle serait donc le fruit d’un vote, d’un plébiscite populaire, et non pas l’effet pur et simple d’une stratégie de communication relayée par les « internautes », qui sont pour la plupart les agents de propagande zélés de la société de consommation. La preuve en est que toutes les grandes chaines de télévisions ont su exploiter très rapidement ce non-évènement en faisant autant d’audience que possible avec Susan Boyle.

Ainsi, un extrait d’une émission de télévision relayé sur Internet aura suscité gratuitement plus d’audience et de recettes publicitaires que ne l’aurait fait n’importe quelle campagne issue d’un organisme public ou privé. Il est donc possible d’interpréter ainsi les finalités du dressage intellectuelle que la propagande consumériste fait subir à la population en ces termes :

  • Infantiliser la population2 de telle sorte à ce que la raison laisse purement place à l’émotion.
  • Créer un monde (celui du spectacle) ou le beau et le bon vont de pair.
  • Créer des émissions bas de gamme constituée de « vrais gens » ou un événement préparé à l’avance (et compatible avec une reprise sur Internet) sera susceptible d’être diffusé à très grande échelle et ce gratuitement.
  • Laisser des millions de propagandistes faire gratuitement un travail de diffusion planétaire .
  • Répercuter cet « évènement » dans les médias de façon à encaisser la plus-value sous forme d’audience et de recettes publicitaires pour les talk-show existant et à venir.

Bien sur, ce genre d’opération est quotidienne et ne réussit pas de façon automatique. Pour autant, le coût est si faible relativement aux résultats escomptés que les bénéfices couvrent largement la production en chaîne de ces usines à « buzz » que sont les émissions de télévision.

1Car notre société ne supporte pas qu’on puisse incarner physiquement ou mentalement la frustration qu’elle génère. En conséquence, toute personne n’incarnant pas la beauté et l’hédonisme est vouée aux moqueries et à l’humiliation publique dont la télévision s’est désormais faite une spécialité.

2Entendu ici au sens, ensemble des individus, comme on dirait « la population française », et non au sens de masse.

Published in: on avril 25, 2009 at 1:55  Comments (1)  

Epuration sociale

Les notaires ont bien souvent mauvaise presse. Ils incarnent dans l’imaginaire populaire la quintessence de l’esprit provincial, de la bourgeoisie installée, l’idéal type du notable de province. Le cinéma de Claude Chabrol en est une bonne illustration. Il arrive parfois même que le notaire servent de coupable idéal (affaire de Bruay-en-Artois) et d’exutoire à l’opinion publique. Le principale reproche qu’on lui fait est d’être un accapareur.

Car bien des actes mettant un jeu des bas de laine et des gros sous passent par le notaire. Ainsi, les fameux « frais de notaires », sont perçus comme une survivance de l’ancien régime, l’équivalent de la dîme, la taille, et la gabelle réunis.  Sait-on que ces fameux frais ne s’en vont pas tous dans la poche du notaire ? Sait-on que le notaire est aussi un agent de l’Etat, et bien souvent un percepteur d’impôts ? Et c’est ici qu’il trouve son utilité, car il permet aux communes et aux départements de percevoir des impôts indolores et inodores. C’est pour ces  services rendus que, soyons en sûrs,  le statut des notaires ne sera jamais sérieusement remis en cause.

De quoi s’agit-il quand on évoque ces fameux impôts indolore ? Et quel rapport entretiennent-ils avec la spéculation immobilière ? Eh bien, toute transaction immobilière donne lieux au versement d’une taxe au bénéfice des communes (1.2 %) et des départements (3.6 %). Ainsi, l’envol des prix de l’immobilier profite mécaniquement aux collectivités locales et ces dernières se trouvent dans une situation problématiques vis à vis de leurs administrés. Ces derniers voient leur taxe d’habitation et leur loyers augmenter tandis que leur collectivités voient leurs rentrées d’argent augmenter. Fort heureusement, ils ignorent le plus souvent la situation paradoxale de l’élu qui a promis de s’attaquer (entre autres choses) à la hausse du prix de l’immobilier, laquelle a pour avantage de lui procurer les deniers nécessaires à la réalisation de ses promesses électorales.

Ceci peut expliquer pourquoi la municipalité d’une ville comme Paris (à la fois commune et département) n’a jamais rien fait pour s’attaquer sérieusement à la spéculation immobilière. A ses yeux, cette dernière n’est pas un problème, ce serait plutôt une solution. Elle permet de remplir les caisses  et d’assurer ainsi le financement des projets pharaoniques de l’équipe municipale sans avoir à augmenter les impôts directs. Mais surtout, elle garantie a cette marie « de gauche » la continuité de l’épuration sociale commencée depuis 30 ans, les pauvres ne pouvant supporter la pression immobilière et devant fuir en banlieue. La gauche Delanoë peut donc s’affirmer sociale-libérale, à l’image de son electorat, et vanter son action à Paris puisqu’elle a éliminé toute forme de contestation ouvrière sérieuse et s’assurer de sa ré-élection en affichant une modernité synonyme de trahison de ses idéaux passés.

Published in: on avril 1, 2009 at 2:49  Laisser un commentaire