Epuration sociale

Les notaires ont bien souvent mauvaise presse. Ils incarnent dans l’imaginaire populaire la quintessence de l’esprit provincial, de la bourgeoisie installée, l’idéal type du notable de province. Le cinéma de Claude Chabrol en est une bonne illustration. Il arrive parfois même que le notaire servent de coupable idéal (affaire de Bruay-en-Artois) et d’exutoire à l’opinion publique. Le principale reproche qu’on lui fait est d’être un accapareur.

Car bien des actes mettant un jeu des bas de laine et des gros sous passent par le notaire. Ainsi, les fameux « frais de notaires », sont perçus comme une survivance de l’ancien régime, l’équivalent de la dîme, la taille, et la gabelle réunis.  Sait-on que ces fameux frais ne s’en vont pas tous dans la poche du notaire ? Sait-on que le notaire est aussi un agent de l’Etat, et bien souvent un percepteur d’impôts ? Et c’est ici qu’il trouve son utilité, car il permet aux communes et aux départements de percevoir des impôts indolores et inodores. C’est pour ces  services rendus que, soyons en sûrs,  le statut des notaires ne sera jamais sérieusement remis en cause.

De quoi s’agit-il quand on évoque ces fameux impôts indolore ? Et quel rapport entretiennent-ils avec la spéculation immobilière ? Eh bien, toute transaction immobilière donne lieux au versement d’une taxe au bénéfice des communes (1.2 %) et des départements (3.6 %). Ainsi, l’envol des prix de l’immobilier profite mécaniquement aux collectivités locales et ces dernières se trouvent dans une situation problématiques vis à vis de leurs administrés. Ces derniers voient leur taxe d’habitation et leur loyers augmenter tandis que leur collectivités voient leurs rentrées d’argent augmenter. Fort heureusement, ils ignorent le plus souvent la situation paradoxale de l’élu qui a promis de s’attaquer (entre autres choses) à la hausse du prix de l’immobilier, laquelle a pour avantage de lui procurer les deniers nécessaires à la réalisation de ses promesses électorales.

Ceci peut expliquer pourquoi la municipalité d’une ville comme Paris (à la fois commune et département) n’a jamais rien fait pour s’attaquer sérieusement à la spéculation immobilière. A ses yeux, cette dernière n’est pas un problème, ce serait plutôt une solution. Elle permet de remplir les caisses  et d’assurer ainsi le financement des projets pharaoniques de l’équipe municipale sans avoir à augmenter les impôts directs. Mais surtout, elle garantie a cette marie « de gauche » la continuité de l’épuration sociale commencée depuis 30 ans, les pauvres ne pouvant supporter la pression immobilière et devant fuir en banlieue. La gauche Delanoë peut donc s’affirmer sociale-libérale, à l’image de son electorat, et vanter son action à Paris puisqu’elle a éliminé toute forme de contestation ouvrière sérieuse et s’assurer de sa ré-élection en affichant une modernité synonyme de trahison de ses idéaux passés.

Publicités
Published in: on avril 1, 2009 at 2:49  Laisser un commentaire  

The URI to TrackBack this entry is: https://penseecrime.wordpress.com/2009/04/01/epuration-sociale/trackback/

RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :